Published On: 28 janvier 2026
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Courrier à l’intention de M. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères

Monsieur le Ministre,

Nous souhaitons porter à votre connaissance plusieurs éléments de préoccupation relatifs à l’évolution récente de la situation sécuritaire et humanitaire au Nord et à l’Est de la Syrie.

Depuis le début du mois de janvier, des affrontements armés ont été signalés dans plusieurs zones à forte densité de population kurde, impliquant les forces du gouvernement syrien de transition et les forces locales. Après des incidents survenus dans certains quartiers d’Alep, notamment à Cheikh Maqsoud et à Ashrafieh, les hostilités se sont étendues à des territoires administrés par l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). Malgré des initiatives visant à instaurer un cessez-le-feu, la situation sécuritaire demeure fragile et a connu une dégradation notable, avec une extension des combats à de nouvelles zones, notamment autour de Taqba et de Raqqa à la mi-janvier. Des affrontements ont également été rapportés à proximité du camp d’al-Hol, placé sous la responsabilité des Forces démocratiques syriennes (FDS) à majorité kurde. La préservation de la stabilité de ce centre de détention, qui accueille un grand nombre de combattants

– notamment européens – liés à l’organisation terroriste État islamique constitue un enjeu important pour la sécurité régionale et internationale. Nous vous renouvelons également ici notre appel au rapatriement des femmes et enfants français encore détenus dans ces camps.

Ces développements ont eu des conséquences humanitaires significatives, incluant des pertes civiles et des déplacements de populations à grande échelle. Ils suscitent par ailleurs des inquiétudes quant au risque d’une détérioration durable de la situation sécuritaire et à la possible réémergence de menaces liées à des groupes terroristes. Nous rappelons que, depuis mars 2025, un processus de dialogue était engagé entre l’AANES, les FDS et le gouvernement syrien de transition, en vue d’examiner les modalités d’une intégration des structures administratives et sécuritaires du Nord et de l’Est de la Syrie au sein de l’État syrien. Ce processus n’a pas permis d’aboutir à un accord, en raison de divergences persistantes sur plusieurs questions institutionnelles et politiques. La suspension de ce cadre de dialogue a été suivie d’une détérioration rapide de la situation sur le terrain, affectant notamment des zones à forte valeur symbolique et stratégique, telles que Kobané et la région de la Djézireh.

Monsieur le Ministre, la situation actuelle appelle une vigilance particulière quant à la protection des populations civiles et à la prévention de toute escalade supplémentaire. Elle soulève également des enjeux importants en matière de risque de dissémination de personnes détenues pour des faits de terrorisme, ainsi que de sécurité collective. Frappée au cœur par une série d’attentats commis sur son territoire et contre sa population, la France ne peut oublier le rôle déterminant joué par ses alliés Kurdes dans la lutte contre le terrorisme et l’organisation État islamique au cours de la dernière décennie ; contribution d’ailleurs reconnue par de nombreux partenaires internationaux.

Ces événements s’inscrivent dans un contexte national syrien marqué par des tensions persistantes et des violences ayant affecté diverses composantes de la société en 2025. La protection de l’ensemble des minorités religieuses et ethniques, ainsi que la promotion d’un cadre politique inclusif, sont des éléments essentiels pour une stabilisation durable du pays.

Aussi, dans un objectif de clarification de la position française à l’égard des dirigeants à la tête de l’État syrien, nous demandons à ce que le Parlement soit informé des implications des discussions qui ont eu lieu entre la France, les États-Unis, la Syrie et Israël au début du mois de janvier.

Par ailleurs, l’accord signé le 18 janvier 2026 doit faire l’objet d’une appréciation attentive, au regard de ses implications pour la stabilité régionale et pour les arrangements administratifs existants au Nord et à l’Est de la Syrie. Nous formons le souhait que la France, en coordination avec ses partenaires européens et internationaux, continue à soutenir toute initiative visant à favoriser l’apaisement, le respect des engagements de cessez-le-feu et la reprise d’un dialogue politique inclusif et constructif afin de garantir le respect effectif des droits fondamentaux de toutes les communautés. La France doit également peser de tout son poids pour que l’ONU garantisse le maintien de corridors humanitaires, notamment vers la ville de Kobané, afin de répondre aux besoins essentiels de la population.

Si nous saluons la réunion, le 22 janvier dernier, du Conseil de sécurité des Nations unies sur la situation politique et humanitaire en Syrie, nous exprimons notre préoccupation face à la perspective de vide sécuritaire engendré par la fin des activités de l’opération « Inherent resolve » originellement programmée à la fin de l’année 2026. Face au risque de regain d’activité de l’organisation État islamique en Syrie, nous souhaitons que le mandat de cette coalition internationale anti-Daesh soit prolongé, et que l’engagement de la France y soit renforcé.

Enfin, alors que l’Union européenne s’est engagée début janvier à verser 620 millions d’euros à la Syrie, il nous semble essentiel que l’engagement de la France et de l’Union européenne dans les efforts de reconstruction du pays s’inscrive dans un cadre fondé sur le strict respect du droit international, des droits humains et de la protection des populations civiles.

Nous vous remercions de l’attention que vous porterez à ces éléments et vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre considération distinguée.

 

— Borris Vallaud, député des Landes, président du groupe Socialistes et apparentés
— Olivier Faure, député de Seine-et-Marne, premier secrétaire du Parti socialiste
— Anna Pic, députée de la Manche, vice-présidente du groupe Socialistes et apparentés
— Pierre Pribetich, député de la Côte-d’Or, whip affaires étrangères du groupe Socialistes et apparentés